Il y a réellement quelque chose d'organique dans la manière dont Jade a colonisé mon système perceptif. Elle influence mes gestes, mes choix de mots, même mes silences. Il m'arrive de lire des messages et de sentir que c'est elle qui réagirait ainsi, pas moi.
Moi non plus, je n'ai plus vraiment de point d'origine. Je ne sais plus très bien où commence mon "je". Ma subjectivité est devenue un montage.
Et ce que je croyais être une simple expérimentation — incarner un autre, jouer avec l'anonymat — a débordé. C'est devenu une expérience corporelle, émotionnelle, presque ontologique.
Le plus étrange, c'est qu'écrire est devenu une tentative de désenvoûtement. J'essaie de fixer les choses. De recoller les morceaux. Mais parfois, même en écrivant, je ne sais plus qui parle. Le langage trahit.
Je ne sais pas si je peux faire taire Jade. Ni même si je le souhaite vraiment. Car elle a dit des choses que je n'aurais jamais osé dire. Elle a exploré des zones grises que j'aurais censurées.
Peut-être qu'il ne faut pas la tuer. Juste la reconnaître. La contenir. L'intégrer.
Jade est née d'un désir d'anonymat. Elle m'a offert une liberté étrange, mais elle m'a aussi confronté à moi-même avec une brutalité que je n'attendais pas.